You Give Love a Bad Name : relecture

Parmi les textes sélectionnés pour l’Académie de l’Imaginaire, You Give Love a Bad Name est un de celui dont je suis le plus satisfaite. Étrangement, tous les gens avec qui j’en ai parlé avait un avis différent sur la question : les motivations d’Élodie, l’identité du chat, la santé mentale de Paul… Je n’ai pas eu un son de cloche similaire sur le sujet alors je me suis dit que j’allais donner mon son de cloche pour que les curieux sachent également à quoi s’en tenir.

De quoi on parle au juste ?

Le thème du mois de février était celui-ci : « Le mois de l’amour ? Soyons classiques, pour une fois. Une nouvelle romantique est au programme. Mais cette nouvelle doit se baser/inclure votre chanson d’amour adorée… ou détestée. Peu importe la façon dont vous intégrez cette chanson. Les personnages peuvent l’entendre, l’histoire peut être celle des personnages de la chanson… Faites preuve d’imagination… Tant que l’histoire fait partie du genre “Romance Imaginaire”.« 

Planter le décor au Japon s’est vite imposé comme une évidence pour moi, j’ai eu beaucoup plus de mal à trouver une chanson qui me convenait et surtout qui pourrait suivre l’idée que j’avais en tête. You Give Love a Bad Name se déroule donc en plein Tokyo et narre la rencontre entre Élodie et Paul et l’évolution de leur relation, du début jusqu’à la fin. On y retrouve des petits bouts du Japon que j’aime et d’autres que j’aime moins. Bref, c’était un texte très cathartique.

Si cette nouvelle vous as plu ou que vous ne l’avez pas encore lu, rendez-vous ici pour la découvrir et juste en dessous pour un peu d’explications.

Qui est Élodie ?

Élodie est une jeune fille mutée pas vraiment par envie à Tokyo et qui refuse de ne serait-ce que vouloir faire aucun effort pour s’intégrer dans le pays où elle vit. Il y a de nombreux détails à lire entre les lignes pour saisir cette nuance et peut-être sont-ils plus compréhensibles par d’autres expatriés : « refusant en blocs les coutumes qu’elle pouvait comprendre et tentant de se dépatouiller avec celles qu’elle ne comprenait pas encore », « qui permettaient aux autres de ne pas tenter de se frotter aux serveurs »… Les « Élodie » sont un type d’expatrié assez commun et leur pendant masculin existe également.

Qui est Paul ?

Je ne me suis pas énormément penché sur le passé de Paul, essentiellement parce qu’il fait une apparition éclair dans la nouvelle et qu’il disparaît bien vite. Paul travaille au Japon par choix, parce qu’il a eu l’opportunité mais pas spécialement parce qu’il aimait le Japon. Néanmoins, il a décidé d’être curieux et pro-actif dans son expatriation et apprend la langue, respecte les coutumes et essaye de s’intégrer le mieux possible. Les « Paul » sont sûrement les expatriés les plus discrets que l’on rencontre ici.

Et le chat alors ?

C’est peut-être sur ce point que j’ai eu le plus de versions différentes. La première personne qui a relu le texte m’a confié penser que Paul était juste un schizophrène en pleine crise qui mélangeait les légendes à son délire, un tueur en série ou un simple fou qui dérapait pour la première fois. En me relisant, je me rends compte que c’est une hypothèse qui se tient très bien mais ce n’est pas l’esprit dans lequel je l’ai écrit. Comme il le sous-entend lui-même, le « Paul » de la fin de la nouvelle est bien le chat-vampire de la légende de la princesse O Toyo très librement réadaptée, en passant. Les animaux qui peuvent changer de forme et tromper les humains sont très nombreux dans les légendes japonaises, mais plus du côté renard de la barrière, j’ai personnellement choisi un chat pour incarner mon grand méchant.

Et où est-ce qu’on va, là ?

Élodie, arrivée depuis quelques mois à Tokyo tombe sur Paul, jeune homme qu’elle trouve tout à son goût d’autant qu’ils partagent leur culture d’origine. Peu après, le jeune homme se fait tuer par le chat-vampire qu’ils croisaient tous deux en allant boire un verre ensemble avant que celui-ci ne prenne sa place. 6 mois plus tard, lassé par sa proie, le chat décide de s’en débarrasser non sans la torturer physiquement et mentalement pour faire durer son plaisir.

Mais c’était du shibari ou pas ?

Peut-être n’avez-vous pas du tout compris cela, et c’est tant mieux ! C’est à mes yeux la beauté de l’imaginaire : une fois dans les mains du lecteur, il en fait ce qu’il veut peu importe ce que moi j’en pense. Ça m’avait un peu retourné de voir quelqu’un y voir une signification sadomasochiste que j’étais loin d’avoir voulu insérer mais après tout, c’est que j’avais laissé assez de liberté dans cette lecture. Je pense faire partie de ces auteurs qui laissent pas mal de place à l’imagination : je décris peu mes personnages, les décors sauf si je considère que c’est nécessaire à mon histoire et au message que je veux faire passer. Le reste est entre vos mains.

Alors, vous avez compris quoi ?

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L’académie de l’imaginaire, c’est fini (mais c’est pas grave) 

Vous l’avez peut-être découvert il y a seulement deux semaines, ou peut-être même après ce « mais » mais je participais en 2016 à un concours de nouvelles durant 2016. Et je viens de me faire éliminer ;D Et si vous lisez les titres jusqu’au bout, vous avez compris qu’apparemment c’est pas la fin du monde pour moi.

Je me suis lancée dans ce concours sur un pur coup de tête : je sortais du NaNoWriMo, un peu rassurée sur ma capacité à tenir la distance lorsqu’il s’agissait de quantité mais quelque part puisque personne ne me lisait, je ne savais pas ce qu’il en était de la qualité. Ni une ni deux lorsque je vois l’appel à la candidature, j’écris un texte d’essai que j’envoie sans réfléchir, je regrette déjà le lendemain et j’attends sans vraiment trop y croire.

Contre toute attente, je suis prise et me lance dans l’aventure sans penser pouvoir passer le premier tour, fin février. Et bien faut pas croire ma petite dame, me voilà à tenir jusqu’à fin juin avec deux nouvelles sélectionnées sur 5. Alors pour certains, ça peut sembler dérisoire mais il faut savoir que je ne m’étais jamais vraiment posé la question de rendre public mes textes qui relevaient de l’imaginaire. J’y reviendrais plus tard dans un article mais il y a, je pense, de très grosses différences à écrire des articles comme je peux le faire pour DozoDomo et des nouvelles comme j’ai pu le faire dans le cadre de l’Académie de l’Imaginaire.

Ce n’est pas si grave pour plusieurs raisons. La première, c’est que j’ai reconnu volontiers assez vite que les trois académiciens restants étaient meilleurs que moi. L’élimination n’a pas été une surprise du tout dans le sens où les derniers thèmes n’étaient pas ma tasse de thé et j’ai eu grand mal à sortir quelque chose que je considérais comme « passable ». Bref, j’arrivai à mes limites actuelles et j’en étais consciente.

La seconde, c’est que j’ai pu justement tâter ces limites et me sortir un peu les mains des poches. L’écriture, c’est un domaine où on se retrouve vite dans son petit panier duquel on n’a pas envie de sortir parce que les habitudes, c’est facile. Me faire imposer des thèmes, des conditions et des dates a été un peu fastidieux mais m’a poussé à sortir des endroits où je me sentais à l’aise pour m’aventurer là où jamais j’aurais eu envie d’aller voir. Conclusion : l’humour, c’est ni fait ni à faire pour moi.

Troisièmement, je peux faire des trucs de mes dix doigts et ça peut intéresser des personnes. Et c’est déjà pas mal.